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  WITTIG
THÉORIES DE COPERNIC (Nicolas) 1473-1543
 
 
 
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COPERNIC
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GALILÉE
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NEWTON
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EINSTEIN
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LA RÉVOLUTION COPERNICIENNE

a « révolution copernicienne », plus précisément ce qu’on a coutume d’entendre par cette expression, est essentiellement une révolution du monde de penser. Révolution au sens même que Kant appliquait à sa « nouvelle science », c’est-à-dire impliquant un renversement de la façon de se représenter le monde ; ou plus radicalement encore : un renversement de la relation concept-objet. Cette interprétation est clairement formulée dans la Critique de la raison pure : « Il en est ici comme de la première idée d Copernic, voyant qu’il ne pouvait pas réussir à expliquer les mouvements du ciel, en admettant que toute l’armée des étoiles évoluait autour du spectateur, il chercha s’il n’aurait pas plus de succès en faisant tourner l’observateur lui-même autour des astres immobiles. »

L’analogie est d’ailleurs frappante, pour autant qu’on puisse juger de la genèse d’une pensée sur laquelle Copernic est resté très discret, entre les points de départ de l’astronome et du philosophe. Pour l’un comme pour l’autre, la constatation des contradictions entre les tenants du système existant et de leur impossibilité d’harmoniser vraiment la nécessité des principes d’explication à la manifestation des apparences a joué un rôle déterminant.
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LA SUBORDINATION DES SAVOIRS


e système géocentrique était profondément accordé au mouvement naturel qui porte l’être humain à s’estimer centre du monde. Il semblait impossible que puisse venir à un esprit sensé une autre proposition. Pourtant le mouvement de la Terre avait été admis par certains philosophes ; ce qui était absurde en climat de pensée aristotélicien, alors dominant, ne l’avait pas été pour le pythagorisme. Pourquoi le Soleil, « Dieu visible », ne serait-il pas au centre de l’univers ? La réponse de l’astronomie strictement scientifique à cette question, pour considérable qu’en soit la signification, passe au second plan ; d’autant plus qu’au XVIe siècle, il s’agissait de philosophie de la nature, de physique, dont l’objet et la méthode avaient été précisés et situés dans l’ensemble du savoir philosophique.

Très significatives à cet égard sont les quelques réserves émises par Giordano Bruno (1548-1600), que l’on ne peut cependant suspecter d’avoir boudé le système qui avait été proposé par Copernic. Dans La Cena de le Ceneri (Le Banquet des Cendres), celui qui découvrit l’œuvre du « second Ptolémée » - le De revolutionibus orbium coelestium ne se trouvait dans aucune bibliothèque parisienne au XVIe siècle – et en mesura la portée fait dire à Théophile, philosophe interlocuteur du dialogue : « Ce résultat, il [Copernic] y est parvenu en se libérant de certains postulats erronés de la philosophie commune et vulgaire. Cependant, il ne s’en est pas suffisamment écarté : cela tient au fait que, plus attentif à la mathématique qu’à la nature, il n’a pas réussi à approfondir ni à pénétrer suffisamment [la réalité physique] our arracher jusqu’à leurs racines des principes incompatibles [avec l’expérience]et complètement vains. »

Cette distinction entre mathématique et physique est des plus importantes pour saisir la raison du retour aux Anciens accompli par Copernic. Dans la dédicace au pape Paul III, par laquelle il introduit le De revolutionibus, il note que c’est le désaccord entre les mathématiciens qui l’a conduit à interroger les philosophes. Mais pas plus qu’il ne saurait s’agir de dénoncer la vraie mathématique : seulement faut-il tenir compte du fait qu’aux mathématiciens médiocres correspondent ceux qui, trop stupides pour tirer le moindre profit des études philosophiques, « sont semblables à des bourdons au milieu des abeilles ». Les cosmologies se séparaient, en effet, selon la plus ou moins grande réalité accordée aux hypothèses : le mathématicien pouvant fort bien imaginer une théorie purement symbolique, le physicien tendant, selon sa propre démarche de connaissance, au réalisme.

Une sorte de subordination des savoirs devait naturellement s’établir, les postulats des philosophes posant des problèmes aux mathématiciens. Commentant le Traité du ciel d’Aristote, Simplicius, néo-platonicien du Vie siècle, exprime ceci sans ambiguïté : « Platon admet en principe que les corps célestes se meuvent d’un mouvement circulaire, uniforme et constamment régulier [c’est-à-dire constamment de même sens] ; il pose alors aux mathématiciens ce problème : quels sont les mouvements circulaires et parfaitement réguliers qu’il convient de prendre pour hypothèses, afin que l’on puisse sauver les apparences présentées par les astres errants ? » Ainsi, bien qu’au XIIIe siècle saint Thomas d’Aquin hésite à opter pour Ptolémée ou pour Aristote, La Grande Composition mathématique de l’astronomie (141-142 apr. J.-C) de Ptolémée invoque la physique du Stagirite, avec laquelle du rete elle s’accorde plutôt mal que bien.

 


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LE RETOUR AUX ANCIENS

es principales difficultés que rencontraient les mathématiciens étaient de parvenir à faire correspondre aux lois du cercle les propositions des physiciens. Pourquoi les lois du cercle ? L’idée de perfection en laquelle se retrouvent tant les assertions des pythagoriciens, de Platon que d’Aristote domine la construction des systèmes cosmologiques. Ainsi dans le Timée, la sphère est présentée comme la figure parfaite pouvant seule convenir au monde fait par le Démiurge qui, de plus, l’a animée du seul mouvement parfait : le mouvement circulaire. Aux mathématiciens d’accorder leur symbolisme avec cette affirmation. Copernic, en cette recherche, ne fit apparemment pas preuve de modernisme. Il alla aux Anciens avec la naïveté des physiciens, passant outre aux virtuosités d’une certaine mathématique. Sans doute le fit-il pour se mettre à l’abri de quelques mécomptes, mais aussi parce que la théorie de l’abstraction aristotélicienne ne lui était pas aberrant – pas plus que ne le sera pour Kant l’Organon d’Aristote. Il lui suffisait de laisser l’habileté des calculs, dès lors qu’une proposition avait été auparavant émise selon laquelle « Dieu, ouvrier du monde, a placé au centre de la sphère de l’univers un feu dans lequel réside le principe du commandement » . Cette idée du foyer, que l’on trouve ainsi recueillie dans l’Eclogae physicae de Stobée (Ve s. apr. J.-C.), qui l’attribue au Traité de la nature de Philolaos, devait faire fortune ; Gassendi, au XVIIe siècle, ne fait-il pas de Philolaos le précurseur de Copernic ? Quoi qu’il en soit, il est clair que l’héliocentrisme ne date pas de l’astronome de Thorn. A peine plus d’un siècle avant, Nicolas Oresme, mort en 1382, estimait que le système géocentrique ne satisfaisait pas pleinement la raison. Aristote, dans le Traité du ciel, résume la position des pythagoriciens auxquels se référera Copernic : « Ils croient qu’au corps le plus noble convient la plus noble place, que le feu est plus noble que la terre que les lieux terminaux sont plus nobles que les lieux intermédiaires, enfin que les lieux terminaux sont l’espace extrême et le centre. De là ils concluent par analogie que ce n’est pas la Terre qui occupe le centre de la sphère du monde, mais le feu. » Voilà donc qu’il a été conçu que la Terre puisse tourner, et cela selon le mouvement le plus parfait. De ce fait, Copernic s’autorise à émettre de nouvelles hypothèses. Ptolémée n’avait-il pas écrit dans la Composition mathématique : « Chacun doit s’efforcer de faire concorder du mieux qu’il peut les hypothèses les plus simple avec les mouvements célestes ; mais si cela ne réussit pas, il doit prendre celles des hypothèses qui s’adaptent aux faits. »

Dès lors, Copernic était à même de dévoiler au conditionnement radical de l’esprit humain dont le paradoxe est de cheminer dans l’irrationnel avec la plus rigoureuse certitude : ainsi pouvait être interprétée la proposition systématique de la philosophie du sens commun. Il ne s’agissait pas tant de simplifier le système de Ptolémée que de confirmer une autre possibilité. On n’insistera jamais assez sur ce renversement des valeurs admises. Comme l’exprimait Rheticus, qui eut la faveur d’être mis au fait du système par le maître lui-même : « Il y a quelque chose de divin dans le fait qu’une intelligence certaine des phénomènes célestes doive dépendre d’un seul mouvement régulier et uniforme du globe terrestre. »

 


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LA CONNAISSANCE DE CE QUI EST ÉTERNEL

ar rapport à l’enseignement de la « Sphère » qui avait cours au Moyen Age, on ne pouvait imaginer plus grande extrapolation. Il était d’usage d’enseigner que la Terre, immobile, était au centre d’un univers fini dans lequel les astres se trouvaient animés d’un mouvement circulaire uniforme. Cette astronomie des sphères homocentriques, c’est-à-dire tournant toutes autour d’un même centre, la Terre – en laquelle Aristote était disciple d’Eudoxe (IVe s. av. J .-C.) – parfaite mécanique astrale, ne pouvait rendre compte de certaines irrégularités de mouvements : telles les variations de diamètre apparent des astres. Les épicycles et les excentriques, hypothèses cinétiques du système ptoléméen, s’efforçaient de résoudre les difficultés. Mais les imperfections des explications demeuraient manifestes. La séparation était en effet nette entre le Ciel et la Terre, entre la durée éternelle des astres et la corruption à laquelle n’échappent pas les êtres du monde sublunaire. La métaphysique chrétienne, créationniste, navait pas modifié essentiellement cette physique qui concordait avec l’image du monde convenant à la Révélation : ici-bas, tout demeurait possible à travers la multiplicité des changements, étant affirmée l’uniformité du mouvement circulaire des corps célestes, le plus parfaitement naturel des mouvements, dans son immutabilité et son éternité le meilleur garant de l’ordre du monde, d’un cosmos où l’Etre divin en son infinitude n’était plus accessible aux prises de la science de l’être en tant qu’être.

Ne fallait-il pas alors revenir aux sources d’une certaine attitude à l’égard des phénomènes engageant une plus libre intelligibilité de leur sens ? Indicatif était le dialogue mené entre Socrate et Glaucon dans la République de Platon : « Je ne puis admettre qu’une étude dirige l’âme en haut à moins qu’elle n’ait pour objet ce qui est et ne peut pas être vu. Qu’un homme regarde en l’air avec les yeux grands ouverts ou qu’il regarde la Terre les yeux baissés, si l’objet de son étude est quelque chose qui tombe sous les sens, je ne dirai pas qu’il apprend. »

Dans cette sagesse d’apprendre, une distinction fondamentale doit être établie entre l’astronomie mathématique et l’astronomie propédeutique à la contemplation des dieux. Le retour de Copernic aux Anciens ne sacrifie pas à ce que, depuis le XVIIIe siècle (Wolf), on a coutume de nommer théologie rationnelle. Copernic revient, en déniant à la physique aristotélicienne la détermination d’une vérité définitive, à un type de raisonnement mêlé, dont les conclusions ne se vérifient ni pas la seule imagination, maîtresse des figures et quantités, ni par la seule pensée pure, régulatrice de l’intelligibilité. L’héliocentrisme qu’il affirme est aussi anthropocentrique que le géocentrisme qu’il dénonce. La géométrie ouvre la voie à la « connaissance de ce qui est éternel », et, qu’il s’agisse de feu central ou d’Ame du monde, la différence n’est pas grande entre le recours à « ceux d’Italie que l’on nomme pythagoriciens » et le recours à Platon.

A cette lumière, l’hypothèse de Copernic est plus théologique que scientifique : « Au milieu de tout cela se tient le Soleil. En effet, dans ce temple splendide, qui donc poserait ce luminaire en un lieu autre, ou meilleur, que celui d’où il peut éclairer tout à la fois ? Or, en vérité, ce n’est pas improprement que certains l’ont appelé la prunelle du monde, d’autres Esprit, d’autres enfin, son gouverneur. Trismégiste l’appelle le Dieu visible, et l’Electre de Sophocle « celui qui voit tout ». Ainsi, en vérité, le Soleil, assis sur le trône royal, dirige la ronde de la famille des astres. » La résolution du mystère se trouve dans une adhésion renouvelée à l’Ame du monde. Qu’il se réfère au pseudo-Plutarque ou à Cicéron, Copernic tente de valider un hypothèse du fait qu’elle a déjà été émise. Quels que soient les auteurs qu’il invoque, il limite sa proposition en l’insérant dans une théologie . En cela, il n’est pas éloigné de Ptolémée qui déclarait : « Rien, mieux que l’astronomie, ne saurait frayer la voie à la connaissance théologique ; seule, en effet, elle a le pouvoir d’atteindre avec sûreté l’énergie immobile et abstraite en prenant pour point de départ l’étude approximative des énergies qui sont soumises aux sens. »

 


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UNE SUBVERSION DE LA THÉOLOGIE

ependant il y a, dans la démarche de Copernic, un élément irréductible : l’astronomie peut ne plus être servante d’une perspective théologique, et peut n’être plus soumise à une démonstration du genre de celles qui avaient cours en physique. De fait, l’insertion de l’astronomie dans une théologie est, du même mouvement, une subversion de toute théologie. S’il est vrai que Copernic ouvre la voie à la théorie de l’attraction universelle en niant la théorie aristotélicienne du lieu naturel au bénéfice de l’assertion platonicienne que le semblable attire son semblable, s’il est vrai que cela entraîne une conception de la gravité qui infirme celle de la « Terre, centre du monde », il demeure que la révolution copernicienne est d’abord une révolution épistémologique. Il fallut un certain temps pour le comprendre. Copernic dépasse Copernic, et son système ne deviendra réellement « absurde » et « hérétique » qu’au procès de Galilée, quand il commencera à être clair que « parler scientifiquement des choses scientifiques » c’est mettre au pas de la vérité de l’homme ce qui est vérité des dieux. Lutter, un des premiers, avait vu le danger en ce « fou qui prétend bouleverser toute l’astronomie ! Mais, comme le déclare l’Ecriture, c’est au Soleil et non à la Terre que Josué a donné l’ordre de s’arrêter. » On sait que Galilée, entrant dans la dialectique de ses accusateurs, montrera que, selon le système de Ptolémée, Josué arrêtant le Soleil aurait arrêté le Premier Moteur lui-même , tandis qu’en adoptant la théorie de Copernic on peut interpréter littéralement l’Ecriture, « car si nous admettons que la révolution des planètes est causée par la rotation du Soleil qui est le centre, nous pouvons concevoir qu’en arrêtant le Soleil Josué arrêta pendant trois heures tout le système solaire sans déranger les astres de leurs positions respectives ».

Interdire Copernic ? »Tout au plus, dira le cardinal Bellarmin qui fut théologien du cardinal Cajetan à partir de 1589, on publierait une directive pour indiquer que ces constructions aptes à décrire les apparences. » Etait-ce sérieux ? Montaigne, qui se défie de tout ce qui est magistral, penche pour une « tierce opinion, d’icy à mille ans ». L’essentiel est de parler hypothétiquement et non affirmativement. Pierre Duhem écrivait : « A supposer que les hypothèses de Copernic aient pu expliquer toutes les apparences connues, il fallait en conclure, non pas qu’elles étaient nécessairement vraies, mais qu’elles pouvaient l’être. » A partir de là, les choses deviennent graves, parce que le doute s’insinue dans les esprits, Quand, en 1609, le télescope confirmera l’ouvrage de 1543, « la preuve physique concluante » est donnée, le possible est devenu réel.

POSER UNE QUESTION

 
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